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Pour une réponse européenne à la crise

18 mars 2009

Voici six mois que la planète entière est entrée dans la phase aigüe d’une crise multiforme, et l’Europe ne semble pas encore avoir pris la mesure du défi.

Premier constat : il n’y a pas de réponse européenne. La nature de la crise et sa profondeur semblent appréciées de manière très diverse selon qu’on gouverne à Londres ou à Madrid, à Prague ou à Paris. Faut-il nationaliser les banques ou les décharger de leurs actifs toxiques ? Faut-il relancer l’activité par la consommation ou par l’investissement ? Faut-il une stratégie commune à l’égard des Etats-membres les plus touchés ou y aller au cas par cas ? Faut-il poursuivre les efforts contre le changement climatique ou les remettre à des temps meilleurs ? Les gouvernements européens divergent et la seule chose sur laquelle ils semblent d’accorder c’est qu’une réponse nationale vaut mieux qu’une réponse européenne.

A titre d’exemple, chacun sait que l’industrie automobile européenne est en surcapacité structurelle, mais chaque Etat-membre espère pouvoir faire porter le poids des pertes d’emploi aux voisins ; de la même manière, les banques se replient sur leurs marchés domestiques, mettant en péril leurs filiales ailleurs au sein de l’Union (en particulier à l’Est) ; enfin, la réponse de l’Union à la fragilisation de plusieurs Etats-Membres (Grèce, Hongrie, Irlande, Pays Baltes…) consiste jusqu’ici à se tenir au balcon et à les renvoyer au FMI, ou à leur promettre des interventions ad-hoc de l’UE ! Signe éloquent : plusieurs Etats-Membres se sont opposés (avant de l’admettre du bout des lèvres) à ce que la Commission consacre les 5 milliards d’€ de surplus du budget 2008 de l’UE à des initiatives de relance, préférant qu’ils leur soient ristournés, au prétexte qu’ils en feront meilleur usage ! (Refrain couramment entendu par nos contrées…)

Deuxième constat : la régulation aux abonnés absents. Dans les semaines qui ont suivi l’éclatement de la crise financière, la nécéssité de (re)réguler les marchés financiers semblait une évidence. Le mélange des genres entre activités de banque de dépôt et de banque d’affaires, les conflits d’intérêt – ou la myopie - des agences de notation financière, la prise de risques inconsidérés, les rémunérations astronomiques de certains personnels financiers, les paradis fiscaux, l’opacité des marchés ont été dénoncés comme autant de facteurs déterminants de la crise. Certes, on entendait déjà certains, sotto voce, avertir que cette crise ne pouvait pas être un prétexte au retour de l’Etat comme régulateur. Six mois plus tard, force est de constater que ces partisans du marché à tout prix ont pris le dessus : malgré les rapports Lamfalussy et de Larosière, le débat public sur la régulation semble en veilleuse, et à nouveau, les déclarations viriles de Sarkozy, Brown ou Merkel ne peuvent effacer l’impression que les Etats-Membres de l’Union sont bien divisés sur le sujet et n’ont guère la volonté d’agir de manière cohérente.

Troisième constat : absence de vision d’avenir. Les réponses des 27 Etats-Membres nous semblent frappées de deux vices fondamentaux : elles visent le court-terme et sont exclusivement défensives. Que dans les premiers mois de la crise, il ait fallu réagir dans l’urgence est une évidence ; ceci n’est plus acceptable après cinq mois de crise. Qu’il faille stabiliser le secteur bancaire est une condition sine qua non d’une réponse à la crise. Par contre, on ne peut se contenter d’une approche consistant à se porter au secours, l’un après l’autre, de secteurs d’activité fragilisés – aujourd’hui l’automobile – sans que ne soient en parallèle prises des mesures visant à accélérer le développement des secteurs d’activité qui feront les emplois de demain. Il est frappant de constater que, selon un rapport de la banque HSBC analysant les plans de relance décidés et annoncés, les pays asiatiques menés par la Chine et la Corée du Sud consacreront 270 milliards de dollars à l’économie verte, les Etats-Unis 112 milliards et l’ensemble de 27 Etats de l’Union Européenne 54 milliards. A cette aune, difficile pour les européens de passer encore pour les champions de la révolution verte.

Face à ces trois constats, les Verts Européens proposent trois réponses alternatives :

Une réponse Européenne : L’idéal de la construction européenne veut que tous les citoyens de l’Union soient égaux ; dans cette perspective, l’avenir d’un citoyen, d’un consommateur ou d’un travailleur de VW ou de KBC ne doit pas peser plus ou moins lourd selon qu’il soit belge ou polonais. Bien plus, et sans s’embarrasser d’idéal, s’imaginer que l’avenir économique des Européens sera mieux assuré par des réponses en ordre dispersé plutôt que par une action cohérente relève d’une dangereuse illusion. Tout d’abord, les économies de tous les Etats-Membres sont étroitement imbriquées les unes aux autres : imaginer que quelques Etats-Membres retrouvent la prospérité au milieu (ou au dépens) des autres, sinistrés est tout simplement irréaliste. Ensuite, les rapports de force de l’économie mondialisée sont tels que même l’Allemagne, première puissance économique de l’Union, qui se croyait jusqu’il y a peu immunisée face à la crise, ne pèse pas grand-chose face à la bourrasque. Enfin, les acteurs économiques privés et les marchés sur lesquels ils opèrent sont tous devenus transnationaux, sinon mondiaux : les réguler et les contrôler efficacement ne peut s’imaginer au niveau national. Il s’agit donc que les 27 Etats-Membres agissent de manière concertée, en se servant des institutions de l’Union là où elles sont compétentes et en coordonnant leurs objectifs et leurs actions là où elles ne le sont pas (encore !).

Mise en place d’une régulation forte : Un des volets de cette action concertée doit impérativement porter sur la régulation des marchés. Les propositions des Verts ne manquent pas : institution d’une autorité européenne de contrôle des marchés financiers, adoption d’une taxation des transactions financières, encadrement strict des fonds spéculatifs, plafonnement des rémunérations et des indemnités de départ, lutte accrue contre les paradis fiscaux, à commencer par ceux situés au cœur même de l’Union, adoption d’une directive « REACH » financière, laquelle imposerait l’enregistrement et l’évaluation de tous les instruments financiers commercialisés dans l’Union avant de les autoriser ou, s’ils sont toxiques, de les interdire…. Cette régulation, loin d’être nuisible aux marchés est au contraire une condition indispensable à leur fonctionnement optimal au service du bien commun.

Placer l’Union Européenne à la pointe de la révolution industrielle verte : la prochaine révolution industrielle est déjà en marche, et les Verts veulent que l’Europe y prenne toute sa place. Nous ne croyons pas à l’avenir d’une Europe sans industrie et nous ne voulons pas voir se répéter le scénario de la révolution des technologies de l’information, un train que l’Europe a largement raté au profit des Etats-Unis. Pour arriver à ces fins, nous proposons aux Européens le projet commun de mobiliser, ensemble, 500 milliards d’€ en 5 ans au service de la révolution verte en Europe, et de nous fixer l’objectif qu’au terme de cette période, 5 millions d’Européens travaillent dans les filières d’emploi vertes. Irréaliste, le Green New Deal que nous proposons ? Allons, il est en deçà du 1% du PIB que les Nations Unies demandent à l’Union d’y consacrer et des 3.2% que la Corée du Sud va y consacrer (pour créer 900.000 emplois).

Voilà ce que les Verts Européens attendent des Etats-Membres dans les semaines et les mois qui viennent. A l’heure actuelle, les Etats-Membres en sont à dresser des lignes Maginot alors que les Etats-Unis d’Obama et même la Chine adoptent une stratégie de guerre de mouvement contre cet adversaire multiforme que sont les crises économique, financière, climatique, alimentaire et bientôt sociale. Des décisions que les Européens prendront à brève échéance dépendront largement l’avenir économique de l’Union et la vie quotidienne des européens. Les conclusions du Conseil Européen extraordinaire du 1er Mars ne sont guère encourageantes ; les prochaines échéances (Conseil de l’UE, G20) nous donneront une indication de la conscience que les dirigeants actuels de l’Union et de ses Etats-Membres ont de l’importance de l’enjeu.

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