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Programme Europe
Priorité n°1 : sortir du modèle de développement productiviste et amorcer une révolution verte en Europe
1er mars 2009
Productivisme : le productivisme est une expression qui dénote les modèles de développement qui tout en érigeant la croissance et l’accumulation du capital en finalités en soi font abstraction de la finitude des ressources planétaires.
Proposition : subordonner les réformes économiques à une stratégie renforcée de Développement Durable
Face à l’ampleur du défi climatique et dans un contexte de crise sociale et écologique globale, l’UE est confronté à un défi proprement existentiel : sortir de l’impasse d’un modèle de développement qui entraîne, d’une part, une précarisation et une dualisation sociale croissante et, d’autre part, la déperdition irréversible des ressources planétaires. Les scénarios de sortie du modèle de développement prédominant passent nécessairement par la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, par une amélioration substantielle de l’efficacité énergétique et de la maîtrise des consommations, et par un développement exponentiel des énergies renouvelables. Ce défi exige une transformation radicale de nos modes d’organisation sociale et spatiale et de production économique où le principal moteur de la création d’emplois sera l’économie verte. Les résultats des réformes économiques structurelles impulsées dans le cadre de la Stratégie de Lisbonne qui vise à faire de l’UE « l’économie de la connaissance la plus compétitive au monde à l’horizon de 2010 » ne s’avèrent probants ni en termes de cohésion sociale ni en termes de préservation des ressources planétaires. Cela met bien en évidence les limites d’un modèle de développement qui fait de la croissance et de l’économie de marché des finalités en soi et qui cloisonne les questions relatives à l’emploi et à la croissance de celles du développement durable.
C’est pourquoi Ecolo propose de fédérer en un seul texte ambitieux la stratégie de lancement d’un nouveau cycle de réformes économiques structurelles à partir de 2011 et la Stratégie communautaire de Développement Durable [1]. L’adoption de cette stratégie intégrée doit être l’une des grandes priorités de la Présidence belge du Conseil de l’UE durant la deuxième moitié de 2010.
Cette stratégie intégrée doit inclure de manière
explicite :
l’ensemble des objectifs contraignants
relatifs à la diminution de notre empreinte
écologique qui auront été adoptés dans
l’intervalle ainsi que les objectifs
communautaires et internationaux en
matière de préservation des biens publics
mondiaux (eau, sols, biodiversité,
ressources halieutiques, etc, ...) ;
des indicateurs de bien-être et de qualité
de vie mieux à même de refléter les
exigences d’un développement durable
que l’indicateur classique PIB/habitant
(empreinte écologique, indice de
développement durable, …) ;
des cibles communautaires contraignantes
dans le domaine des marchés publics verts
et un ensemble d’instruments fiscaux
communs visant à inciter les activités à
faible impact sur le réchauffement
climatique et à pénaliser progressivement
les activités polluantes ; dans cette
perspective, Ecolo et les Verts européens
veilleront activement à ce que les
négociations de deux directives sur les
marchés publics verts et sur la fiscalité
verte en début de la prochaine législature
se soldent par l’harmonisation vers le haut
des législations nationales ;
l’adoption de cibles spécifiques en matière
de Recherche & Développement et de taux
d’emploi dans les secteurs verts dans le
cadre d’une méthode de coordination
ouverte renforcée [2] ; la canalisation des
moyens financiers dans le domaine de
l’innovation « verte » doit être
accompagnée de la mise en place de
nouveaux modèles d’affaires visant à
concilier accès universel et innovation et à
faire de la connaissance la cinquième
liberté de circulation de l’UE ; la promotion
des modèles open source et des standards
ouverts doit dans ce cadre faire également
l’objet de cibles spécifiques.
Proposition : faire de la lutte communautaire contre le réchauffement climatique le vecteur d’une révolution énergétique
Les décisions énergétiques d’aujourd’hui ne doivent pas seulement contribuer au respect des engagements découlant du Protocole de Kyoto, mais également à nous mettre sur la voie de réductions d’émissions de CO2 beaucoup plus importantes à l’horizon des dix prochaines années et au-delà, afin de limiter le réchauffement du climat à 2 degrés [3]. Pour atteindre cet objectif, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) recommande des réductions de 25 à 40% des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés d’ici 2020. C’est un objectif minimum : depuis la publication de ce rapport, de nouvelles études ont montré que les émissions continuaient de croître plus rapidement que prévu.
Dans ce contexte, l’objectif européen doit être de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40% en 2020 et de 90% en 2050. Actuellement, le paquet « énergie climat » européen prévoit une réduction de 20% des émissions en 2020, ce qui est insuffisant. La Commission européenne et les chefs d’Etats et de Gouvernements annoncent toutefois vouloir porter cette réduction à 30% en cas d’accord international imposant des mesures équivalentes. Pour les Verts, c’est un objectif de 40% qui doit être fixé, à atteindre au moins pour trois quarts par des mesures prises au sein même de ses frontières. Il pourra être complété par des mesures de réduction vérifiée et additionnelle des émissions de gaz à effet de serre en dehors de son territoire. Ecolo plaide également pour que l’UE joue un rôle moteur dans les futures négociations sur la suite de Kyoto.
Pour respecter ces différents engagements, il
convient entre autres [4] de :
adopter un Pacte européen de stabilité
pour le climat et la sécurité énergétique [5] ;
améliorer considérablement l’efficacité
énergétique dans les secteurs du
transport, de l’électricité et des bâtiments ;
élargir le système européen d’échange de
quotas d’émissions aux secteurs du
transport aérien et maritime, ainsi qu’aux
activités militaires, entraînant aussi une
nette et rapide réduction des émissions de
CO2 du secteur de l’énergie [6] ; le recours
au mécanisme pour un développement
propre sera strictement limité dans le
cadre des objectifs européens ;
instaurer un mécanisme d’ajustement aux
frontières (par exemple, sous la forme
d’une taxe CO2 ou encore sous la forme de
droits de douane spécifiques reversés aux
pays en développement) à l’égard des
pays qui n’ont pas ratifié le Protocole de
Kyoto ou à l’égard de pays ne prenant pas
les mesures qui s’imposent pour limiter
leurs propres émissions (ex : Chine, Inde) ;
établir une forte coordination européenne
des régulateurs nationaux pour chaque
filière énergétique de l’UE ;
mettre en oeuvre le scénario de sortie du
nucléaire établi par les Verts européens [7] [8].
Proposition : créer une communauté européenne de l’énergie renouvelable
Ecolo, en étroite interaction avec le Parti Vert Européen et le groupe des Verts au Parlement Européen, propose l’instauration d’une Communauté européenne de l’énergie renouvelable sous forme d’une coopération renforcée entre les États membres désireux d’y participer. Cette coopération renforcée développerait des projets transfrontaliers dans le secteur de l’énergie renouvelable en utilisant notamment le produit des enchères des quotas d’émissions restitués aux États membres dans le cadre de l’adoption du paquet « énergie et climat ». Le bénéfice de ces enchères doit en effet être investi dans une relance écologique, notamment en matière d’énergie. Cette nouvelle communauté pourrait jouer dans le futur de l’UE le même rôle de ciment que la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier a joué dans le passé.
Proposition : développer une politique commune du transport durable
La politique énergétique abordée ci-dessus est
étroitement liée à celle des transports. Il est en
effet impossible de s’attaquer efficacement
aux problèmes énergétiques actuels sans
aborder la question des transports. La
stratégie européenne proposée par Ecolo vise
à mettre en place à la fois une réduction du
volume du trafic et un passage progressif des
carburants fossiles vers les énergies
renouvelables. Pour cela, il faut notamment [9] :
des mesures visant à moduler la demande
de transport ; à cet effet, il convient de
favoriser les modes de production
susceptibles de minimiser l’externalisation
des coûts ;
une meilleure coopération du secteur du
transport routier afin d’éviter tous les
trajets de camions à vide, tout le trafic
inutile ; cela passe notamment par
l’approvisionnement des grands centres
urbains en produits régionaux [10] et par une
politique d’aménagement du territoire
ayant pour objectif de d’aménager des
villes où les biens et les services seraient à
portée de la main, parallèlement au
renforcement des transports en commun ;
un renforcement des chemins de fer
européens pour le transport de personnes
comme pour le transport de
marchandises [11], afin d’améliorer les
connexions ferroviaires et d’aboutir à
terme à un système ferroviaire unique, tant
pour les voyageurs que pour les
marchandises ;
la suppression des exonérations fiscales
sur le kérosène à l’échelle européenne
pour tous les vols intérieurs et
intracommunautaires ; cette mesure
diminuerait l’actuelle distorsion de
concurrence entre les différents modes de
transport, qui se fait pour l’instant au
détriment du trafic ferroviaire, et refléterait
aussi les coûts réels du trafic ; les revenus
tirés de cette mesure pourraient, par
exemple, servir à financer les grands axes
ferroviaires internationaux est-ouest ;
une augmentation de la redevance
européenne sur le trafic poids lourds
(directive Eurovignette) en se basant sur
l’exemple suisse ; le système de la taxe
européenne sur les disques routiers,
l’inclusion des coûts sociaux du transport
routier et l’extension du droit de péage aux
véhicules à partir de 3,5 T. pour l’ensemble
du réseau routier, sans dérogation
possible, sont également des mesures
nécessaires ;
une modification de la répartition modale
des transports ; pour ce faire il faut passer
de modes de transport fortement
générateurs de gaz à effet de serre comme
la voiture, le camion et l’avion à des modes
de transport qui préservent le climat
comme le train, la navigation intérieure ou
côtière et le vélo, par exemple.
Proposition : réorienter la Politique Agricole Commune vers la souveraineté alimentaire [12]
La Politique agricole commune, au travers de ses deux piliers - la compétitivité de l’agriculture par le mécanismes des aides directes et le développement rural – accentue la co-existence d’une agriculture à deux vitesses : d’une part en soutenant des zones de grande production et d’intensification-concentration de l’élevage, et d’autre part en confinant des missions liées au développement rural (entretien de l’espace, protection de la biodiversité, agriculture de qualité, …) à des zones plus défavorisées. Cette politique contribue à la marginalisation et la disparition de l’agriculture paysanne, sans apporter de réponse réellement efficace aux problèmes environnementaux.
Elle contribue également à la dérégulation des marchés alimentaires mondiaux et à la crise alimentaire, principalement dans les pays du Sud.
Pour Ecolo, la Politique Agricole Commune doit être refondée sur base des préceptes de la souveraineté alimentaire.
Proposition : Revoir la politique des agrocarburants [13]
Le développement des agro-carburants est hautement problématique au vu de l’absence de balises environnementales adaptées aux impacts négatifs de leur production sur l’intensification des cultures, la destruction des forêts et des milieux naturels et sur les populations qui en vivent. Le remplacement des cultures vivrières par des cultures énergétiques contribue également à la hausse du prix des denrées alimentaires et renforce le risque de pénurie.
Ecolo propose dès lors de renoncer à l’objectif obligatoire fixé par la Commission européenne de 10 % de carburants d’origine renouvelable à atteindre d’ici 2020 ; d’imposer dans la nouvelle directive sur les énergies renouvelables l’intégration immédiate et complète de réels critères sociaux et environnementaux de durabilité, tant au niveau de la production que de l’importation des agrocarburants et des matières premières intervenant dans leur production, incluant une réduction effective immédiate des émissions de gaz à effet de serre (calculée sur le cycle de vie) d’au moins 60 %, tenant compte des effets indirects de changement d’affectation des sols.
Proposition : empêcher toute dissémination d’OGM dans l’environnement [14]
Si à peine 0,1 % de la surface arable de l’UE était cultivée avec des OGM en 2007, plusieurs dizaines d’OGM sont aujourd’hui autorisés à l’importation, la transformation et l’utilisation dans l’alimentation humaine et animale en Europe. L’UE importe ainsi chaque année via ses ports des dizaines de millions de tonnes d’OGM en provenance des Etats-Unis, de l’Argentine, du Brésil et du Canada. Il n’existe pourtant toujours aucune garantie quant à l’absence d’impact environnemental des OGM autorisés dans l’agriculture et l’alimentation. Pour Ecolo, l’appropriation du patrimoine génétique et de l’alimentation par le secteur des biotechnologies doit être évitée. L’Union ne peut rester inactive devant le développement accéléré des cultures OGM dans certains pays du sud qui ne sont pas toujours outillés pour en mesurer les risques sociaux et environnementaux. De plus, dans l’UE comme ailleurs, leur dissémination dans l’environnement est non seulement néfaste pour la biodiversité, mais aussi pour la poursuite de cultures non OGM, en particulier l’agriculture paysanne et bio. D’où la nécessité de maintenir et d’élargir aux régions la clause de sauvegarde qui permet à des États membres de refuser la commercialisation et la culture des OGM.
De même, le libre choix des consommateurs européens doit être renforcé pour qu’ils puissent savoir si le lait, les oeufs ou la viande qu’ils achètent proviennent d’animaux nourris aux OGM.
Ecolo propose dès lors de renforcer les procédures d’évaluation et d’autorisation et d’abandonner la procédure permettant à la Commission de prendre les décisions d’autorisation des OGM en absence d’une majorité qualifiée au Conseil des Ministres. Il faut également élargir l’étiquetage aux produits issus d’animaux nourris aux OGM.
[1] La stratégie communautaire de développement durable sera révisée et adaptée dans le courant de l’année 2010.
[2] La méthode de coordination ouverte fournit un cadre de coopération entre les États membres en vue de faire converger les politiques relevant essentiellement des compétences des États membres pour réaliser les objectifs inclus dans la stratégie de Lisbonne
[3] Pour des informations, des propositions et des actions pour lutter contre le changement climatique, consultez le site du GVPE : http://www.greensefa. org/cms/defa....
[4] Pour plus de détails, consulter http://www.greensefa. org/cms/topi... et voir également nos propositions du Livre I, Chapitre 1 « Energie – Climat ».
[5] Autrement dit, un cadre concret et contraignant, avec des pénalités et des incitants, s’appliquant aux Etats membres de l’UE. Le but est de combiner le respect des engagements pris dans le cadre du Protocole de Kyoto (et sa suite), tout en prenant en compte la dimension de la sécurité énergétique, ceci passant notamment par une réduction de la dépendance au pétrole et par la promotion des énergies renouvelables et de l’amélioration de l’efficacité énergétique. Pour plus de détails, voir document du GPVE.
[6] Voir à ce sujet nos propositions du Livre I, Chapitre 1 « Energie –Climat ».
[7] Au niveau mondial, le nucléaire est une source d’énergie marginale. Il ne couvre en effet qu’environ 2 % de la consommation finale d’énergie. Même en faisant abstraction des émissions de CO 2 de la filière, il est donc évident que celui-ci ne pourrait jouer au mieux qu’un rôle négligeable dans la protection du climat au niveau mondial : même si la capacité nucléaire actuelle se voyait doublée – ce qui nécessiterait la mise en service d’un réacteur de grande taille toutes les deux semaines jusqu’en 2030, les émissions de gaz à effet de serre mondiales seraient réduites de moins de 5 %. Les réserves mondiales d’uranium seraient en outre rapidement épuisées car – certains l’oublient parfois – le nucléaire n’est pas une énergie renouvelable. Par ailleurs, le nucléaire ne résout pas la question de la dépendance énergétique de l’Europe, étant donné que les pays de l’UE ne possèdent que 2 % des réserves mondiales d’uranium. Le nucléaire ne constitue dès lors pas une solution, ni en termes de sécurité des approvisionnements, ni sur le plan des problèmes climatiques. En outre, les risques injustifiables associés à l’énergie nucléaire – accidents, prolifération, terrorisme, déchets et pollution – en font un « non partant ». une nouvelle approche par le biais de partenariats pour une nouvelle culture de l’énergie et des transports. Une révolution énergétique passe nécessairement par une approche intégrée, cohérente et participative entre les différentes niveaux de pouvoir allant du local au global en passant par le régional. L’Europe constitue à cet égard un levier incontournable.
[8] Voir http://www.etopia.be/IMG/pdf/r2AE_M....
[9] Pour plus de détails et de propositions, consulter : http://www.greensefa. org/cms/topi....
[10] Comme à Londres avec la « Food campaign » lancée par Ken Livingstone et Jenny Jones.
[11] L’exemple des USA démontre de manière convaincante qu’il est possible pour un pays très industrialisé de transporter un fort pourcentage des marchandises par rail. La part du transport ferroviaire y atteint aujourd’hui quelque 40 %, alors qu’elle n’est que de 14 % dans l’UE à 25, avec une tendance à la baisse.
[12] Voir à ce sujet nos propositions du Livre I, Chapitre 5 « Alimentation et Agriculture ».
[13] Voir à ce sujet nos propositions du Livre 1, Chapitre 1 « Energie-climat ».
[14] Voir à ce sujet nos propositions du Livre I, Chapitre 5 « Alimentation et Agriculture ».
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