Accueil > les pages de Philippe Lamberts

14 Janvier – Audition de Günther Öttinger (Allemagne)

14 janvier 2010

Günther Öttinger avait été l’un des tous premiers commissaires-désignés, en l’occurrence par la chancelière allemande Angela Merkel. Homme politique totalement inconnu sur le plan européen, il était jusque récemment ministre-président (conservateur) de la région de Bade-Württemberg, le coin sud-ouest de l’Allemagne qui héberge une solide base industrielle et a pu jouir du boom des exportations qui ont été le moteur de l’économie allemande jusqu’à la crise. Dans ce rôle, il s’est toujours déclaré pro-nucléaire et très proche des producteurs d’énergie (Eon, EnBW…), un handicap à nos yeux dans son futur rôle de commissaire à l’énergie. De même, il s’est très explicitement opposé à des normes sérieuses pour les émissions de CO² de l’automobile, estimant que la Commission Européenne se comportait stupidement en la matière, « mordant la main qui lui donne à manger » (se référant au rôle de l’industrie automobile dans l’économie). C’est aussi un régionaliste convaincu, partisan d’une conception restrictive du principe de subsidiarité ; pour lui, c’est l’action au niveau local ou régional qui doit primer.

C’est dire si nous l’attendions avec une certaine appréhension ; au moment de sa désignation par la chancelière, j’avais considéré que c’était un mauvais signal envoyé par Berlin. Aujourd’hui, l’UE a besoin de femmes et d’hommes politiques de premier plan, disposant à la fois d’une vision et d’une expérience permettant à l’Europe d’agir avec détermination et efficacité sur une planète décidément multipolaire et en péril.

D’entrée de jeu, Günther Öttinger démontre de l’assurance et une connaissance réelle des dossiers énergétiques. Il parle sans notes – certes uniquement en allemand, mais il n’est pas le seul à n’utiliser que sa langue maternelle – mais aussi sans arrogance et avec une certaine mesure. Il évite aussi de donner prise à toute critique, biffant tout propos trop marqué de son propos. Sur le nucléaire et sa place dans l’energy mix Européen, comme tant d’autres, il s’abrite derrière le principe de subsidiarité, reconnaissant bien sûr la place des énergies renouvelables. Sur les formes de bio-énergies (agro-carburants mais aussi biomasse) il est prudent, en attirant l’attention sur la nécéssité d’examiner le bilan complet de chaque type de bio-énergie (CO², compétition avec la production alimentaire). Sur les méga-projets comme Desertec (méga-parc solaire à construire au Sahara) il se montre spontanément conscient de la nécéssité qu’ils servent d’abord les populations concernées. Il mentionne aussi dans son discours l’électro-mobilité, mais presqu’en passant.

C’est sur l’efficacité énergétique, qui recèle les gisements les plus rapides et les moins coûteux d’économies d’énergie et partant, d’émissions, qu’il est le plus décevant. Il faut que ses interrogateurs s’y reprennent à plusieurs reprises pour qu’il daigne commencer à répondre. Cela ne fait visiblement pas partie de ses priorités. C’est aussi à cette occasion qu’apparaît son choix délibéré de privilégier les approches d’incitation, d’auto-régulation au dépens de la fixation d’objectifs contraignants. Oh certes, il affirme le primat du politique sur l’industrie, mais aussitôt pour renvoyer l’option réglementaire au rang de recours ultime. Or l’expérience – par exemple dans l’industrie automobile jusqu’en 2008 – montre que les engagements volontaires ne sont en général pas réalisés.

Tout au fil de sa prestation, les références au monde qu’il connaît bien – sa région et son pays d’origine – abondent, donnant corps à sa réputation d’homme politique provincial. Visiblement, son cadre de référence reste encore étriqué, mais il se montre en séance capable de dialoguer avec le Parlement, pour lequel il a visiblement du respect, s’étant solidement préparé à l’épreuve.

Au total, une bonne prestation, qui a tenté d’effacer les impressions préalables que nous avions. Etait-ce un simple exercice de communication, ou le début d’une ouverture ?

Partager cet article sur Twitter Twitter   Facebook Facebook   Delicious Delicious   Technorati Technorati   Digg Digg
  • 8 septembre
    Discussions institutionnelles
    Les architectes d'un plan B comme Belgique

    Les architectes d’un plan B comme Belgique

    Depuis le début de l’été, nous avons passé deux mois à négocier, ensemble avec Groen !, pour donner un avenir à notre pays. Nous l’avons fait parce que nous (...) lire

  • 3 septembre
    Négociations au fédéral
    Ecolo regrette profondément et amèrement cet échec

    Ecolo regrette profondément et amèrement cet échec

    Compte tenu de l’importance des enjeux socio-économiques et environnementaux auxquels la Belgique doit faire face dans un contexte de crise économique (...) lire

  • 2 septembre
    Pédophilie au sein de l’Eglise
    Ecolo-Groen soutient la création d'une Commission d'enquête parlementaire

    Ecolo-Groen soutient la création d’une Commission d’enquête parlementaire

    Pour les écologistes, il est crucial de connaître les raisons qui ont conduit à ce qu’un grand nombre de délits sexuels au sein de l’Eglise soit resté sans (...) lire

  • 2 septembre
    Menaces sur le lait cru
    Les mesures prônées par l'AFSCA menacent les exploitations artisanales

    Les mesures prônées par l’AFSCA menacent les exploitations artisanales

    A l’occasion du salon « Valériane » 2010, Ecolo tient à réitérer son soutien à la filière « lait cru » et particulièrement aux éleveurs de chèvres et de brebis qui (...) lire